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ART URBAIN A TROUVILLE : L’ART A CHAQUE COIN DE RUE

C’est un rendez-vous qui s’installe maintenant chaque année à Trouville : le WESA, le Week-End Street Art, au printemps. Deux jours où se multiplient les animations autour de l’art urbain.

Mais l’art urbain à Trouville n’est pas que l’affaire d’un week-end. C’est une réalité qui s’affiche dans presque toutes les rues de la cité normande. Et qui passe souvent inaperçue aux trouvillais, tellement elle est intégrée à la ville.

L’art urbain des rues de Trouville est issu de grands noms du passé, comme le poétique Savignac ou la malicieuse Miss.Tic. Il est aussi l’oeuvre d’artistes plus récents : La Trouvillette, Fox in Trouville, Tétard ou bien encore Josepha Poulain. Autant de styles et d’inspirations à découvrir.

Savignac, le pionnier poétique

Rue des bains, une fresque un peu défraichie de Savignac : l’amatrice de farniente sur la plage avec sa mouette trouvillaise sur les genoux.

Des années 1950 aux années 1970, Raymond Savignac était un affichiste à succès. Son style naïf, simple, efficace et tranquillement humoristique lui permettait de promouvoir des films et de multiples produits. Des eaux Perrier aux stylos Bic, du succès de Truffaut “La guerre des boutons” aux savons Monsavon, très populaires à l’époque.

Lorsqu’il s’installe à Trouville, en 1979, Savignac met son talent au service de la ville, de ses institutions ou d’événements qui y ont lieu, comme la Nuit des Funambules. Pour illustrer cette nuit de performances poétiques, il invente un bonhomme sur son fil, la tête en forme de lune, rêveur au milieu des étoiles.

Savignac va concevoir le logo de Trouville que l’on peut voir auourd’hui à l’entrée de l’office de tourisme. Deux mouettes en vol se bécotent et les ailes de l’une d’elles forme un grand V, le “V” de TrouVille.

Toute la simplicité efficace de Savignac dans ce logo. Des décennies après sa création, il n’a rien perdu de son esthétisme épuré.

Plus récemment, Miss.Tic a laissé sa trace sur plusieurs murs de Trouville. L’artiste qui a commencé, dans les années 1980, son improbable aventure dans les rues du centre de Paris a réalisé en 2018 plusieurs pochoirs pour Trouville.

Avec Miss.Tic, la formule est toujours la même : une silhouette, en général féminine, et un slogan percutant, renforcé par un jeu de mots. Comme le malicieux “Il faut bien que jeunesse se passe. De quoi ? “.

Près de la plage de Trouville, dans une réalisation un tantinet provocante, Miss.Tic a inscrit : “Pire que l’amour : L’amour du pire”.

A l’entrée de la ville, un autre pochoir de Miss.Tic fera sourire ou méditer le passant: Il affirme qu’ “On n’est jamais mieux asservi que par soi-même”.

La nouvelle vague trouvillaise

Si Miss.Tic et Savignac étaient des parisiens qui ont adopté ou aimé Trouville, de plus récents talents mettent en avant, dès leur nom d’artiste, leur “trouvilité”. C’est le cas de la Trouvillette.

Les oeuvres de la Trouvillette dans les rues de la cité semblent montrer deux visages d’une artiste qui se confond avec son personnage : une jeune femme stylisée à travers les rayures d’une chevelure qui répondent aux rayures de son haut.

Un personnage espiègle, quand couronnée, elle lance, d’un air mutin, “La Reine des plages, c’est moi’, reprenant le slogan de Trouville. Un personnage maritime et rêveur, quand la Trouvilette se plonge dans la mer, parmi les hippocampes à chevaucher, les pieuvres-parachutes-mongolfières ou les baleines-amies.

“Politique”, la Trouvillette a appelé à “voter pour moi” - ou pour son personnage. Et a affiché, pendant le covid un “confinés mais pas isolés”, symbolisé par une embrassade.

La Trouvillette a bougé vers l’Ouest, à Paimpol où elle est devenue “La Paimpolette”. Mais, elle revient régulièrement à Trouville où, sur une des ses oeuvres, elle demandait à la mouette un tendre et abyssal “Tu crois que je vais disparaitre ?

Un moment affectueux de proximité terrestre-maritime offert par la Trouvillette à l’angle dune petite rue de Trouville. Une image qui a peut-être donné envie à des passants de plonger à la rencontre de mammifères marins réconfortants, sur lesquels se reposer des soubresauts de la vie.

Autre artiste urbain à mettre en avant sa “trouvillité”, Fox in Trouville. Ce “Renard de Trouville” a été particulièrement actif pendant le confinement. Oeuvrant à la nuit tombée, il a laissé sur les murs de la ville 12 portraits d’une série de “femmes inspirantes”. Le choix de ses héroïnes est éclectique, mêlant personnages réels et fictifs : la chanteuse Nina Simone ou la peintre Rosa Bonheur y figurent, comme Chihiro, le personnage du très beau film japonais célébrant la nature.

La vue de ces personnages peut provoquer chez le passant qui les regarde un “Tiens, c’est elle !” ou bien un “C’est qui ?”. Il s’agit en tous cas de femmes toutes remarquables par leur vie, par leurs réalisations ou par ce qu’elles symbolisent. A l’exemple de Jane Goodall, dont Fox in Trouville a placé un portrait dans une petite allée, tout près du casino. A elle seule, Jane Goodall a fait voler en éclat une des plus vielles définitions de l’être humain, l’être qui fabrique des outils. Observant longuement des chimpanzés en Tanzanie, elle a constaté qu’eux aussi confectionnent des outils ayant une utilité précise. Plusieurs personnages mis en valeur par Fox in Trouville ont eu un rapport particulier avec le monde animal.

La scène de l’art urbain trouvillais est variée et vivante. Dans la rue des bains, Tétart nous fait plonger, par sa fresque, dans un monde onirique, avec cet homme qui semble n’en plus finir de plonger du ciel vers la mer, un homme dont la simple nudité contraste avec la sophistication de la bâtisse qui a remplacé sa tête. Tétart veut-il suggérer que trop d’intellect peut peser ?

Un peu plus loin, Poulain met en scène une représentation de la plage de Trouville sur une ancienne devanture de magasin. Une devanture où une ancienne porte divise en deux la fresque. A gauche, une vaporeuse femme brune au regard mystérieux dévisage à peine le passant tandis qu’à droite les intemporelles mouettes vivent leur vie. Derrière la signature “Poulain”, se trouve Josepha Poulain, ancienne de l’Ecole du Louvre, animatrice de l’atelier trouvillais “Des couleurs et des formes” qui propose, entre autres, des cours de dessin et de peinture. 

Rue des bains. Tétart et l’homme plongeant, Poulain et la femme brune sur la plage

Il y a autant de styles, de talents, d’inspirations que d’artistes urbains à Trouville. Peut-être, quelque chose les réunit : le rapport de l’humain à la mer, à la nature, que chacun à sa façon met en scène sur les murs de la ville.

Quand l’art de Trouville ne montre pas tout simplement la nature qui se débrouille toute seule : comme ce petit chien qui ne sait peut-être pas quoi faire de cette étoile de mer qu’il vient sans doute de trouver sur le rivage.