Débat animé sur un grand projet éolien au large de Fécamp

Un débat public s’est tenu sur le projet d’un nouveau parc éolien, Fécamp Grand Large. Un mega projet : Il s’agit de produire en mer 4 GigaWatt de puissance, soit autant que 3 réacteurs nucléaires. 

Le parc, prévu à l’horizon 2035 sera situé à environ 30 kilomètres de la côte. Le débat public organisé le 28 Février à Paluel a été animé par des échanges vifs, mais souvent constructifs. 

La nuit tombe sur ce petit village moderne et écologique, cet « eco-village », le Clos des Fées, qui est situé sur les falaises de Paluel, entre Fécamp et Dieppe. Une centaine de personnes est réunie dans un salle moderne et chaleureuse. Pour débattre de ce qui va se passer au large de ces falaises…

En Octobre 2024, l’Etat a annoncé le lancement d’un grand projet éolien en mer : le parc « Fécamp Grand Large ». Un très grand projet, de loin le plus important de Normandie et même de France. Des éoliennes pouvant atteindre 330 m de haut avec leurs pales vont être installés d’ici 2035. Et elles devront générer une puissance de 4 GigaWatt. 

4 GigawWatt, c’est beaucoup, vraiment beaucoup. Le réacteur nucléaire de Flamanville, cet EPR qui vient d’ouvrir dans le département de la Manche après tant de rebondissements, peut générer 1,6 GigaWatt. Les 4 unités de la centrale thermique de Porcheville sur la Seine génèrent ensemble 2,4 GigawWatt. Les éoliennes de « Fécamp Grand Large » vont donc faire bien plus.

Le débat s’annonce d’autant plus intéressant qu’à Fécamp, on sait déjà de quoi on parle en matière d’éolien marin. Un parc de 71 éoliennes a été ouvert juste ici en Mars 2024. Situé à une dizaine de kilomètres de la côte, il est clairement visible à l’horizon dès que le temps est beau. Ce parc a une puissance de 0,5 GigawWatt. 

Bien vite, une voix contestataire se fait entendre. Un homme, au fond de la salle, lâche « Et le saccage continue…Allez-y, allez-y, saccagez, toujours plus d’industries. Ça sert à quoi? « 

L’un des animateurs, Damien Dellavois, directeur de projet éoliens à la DREAL, répond : «  Jusqu’à maintenant, on a eu de l’énergie cachée. On ne voit pas les puits de pétrole du Moyen-Oient, on ne voit pas les tankers sur les océans, sauf quand il y a une marée noire. On ne voit pas les particules qui rendent des gens malades. Et surtout, on ne voit pas le C02, qui provoque le changement climatique. Les éoliennes n’ont , elles, aucun inconvénient….sauf qu’on les voit ».

Une personne dans l’assistance demande « Mais, il ne faut pas trouver des terres rares pour faire des éoliennes ? ».  Réponse : « Si, il en faut, mais toutes les éoliennes du monde ne font que 2% de l’utilisation des terres rares. Ce sont les téléphones qui en utilisent beaucoup ».

Pour Damien Levallois, l’éolien en mer est indispensable à la transition énergétique.

Une femme relance : « On a déjà le premier parc. On avait promis des mesures de compensation pour la faune marine. Et tout ce qu’il y a, c’est 2 caméras installées ». 

Réponse de Arnaud Forgar, de la DREAL : «  Faire de la compensation, en milieu marin, c’est très difficile. A terre, on peut planter des arbres pour compenser des destructions faites ailleurs. En mer, on ne peut pas faire grand chose. Alors, pour l’instant, on observe ce qui se passe ».

Après ces premiers échanges, les 3 animateurs de la réunion expliquent un peu plus le projet « Fécamp Grand Large ».

Les éoliennes seront bien plus grandes que celles du premier parc. Mais, elles seront beaucoup plus loin au large. A une trentaine de kilomètres du littoiral. Avec cet éloignement, elles devraient être visibles de la côte, mais ni plus, ni moins que les éoliennes du premier parc. La taille du projet permettra que le coût du mégawattheure sera de seulement un tiers celui dans le parc actuel. 

Jacques Frémont de RTE - Réseau de Transport d’Electricité - explique ensuite que la question du transport de l’électricité qui sera produite au large est, en partie, déjà résolue. L’électricité produite à Fécamp Grand Large »touchera terre » à Antifer, le port pétrolier situé au Nord du Havre. 

Dans l’audience, une femme se retourne régulièrement pour échanger avec une autre. Visiblement, elles se connaissent. La première prend la parole : » Je représente le comité des pêches de Normandie. Vous nous parlez de ce nouveau parc, mais ce qu’on voit nous, c’est que la pêche n’a toujours pas repris dans l’espace du premier parc ». 

La discussion s’engage. Damien Levallois répond que l’expérience, surtout en Mer du Nord, montre que les parcs éoliens ne sont pas préjudiciables à la pêche. Mieux, ils pourraient être bénéfiques. Les fondations des éoliennes deviennent des points d’encrage des algues, puis des poissons et crustacés qui s’en nourrissent, puis des poissons et crustacés qui se nourrissent des premiers. C’est « l’effet récif ». 

Aline Meidunger est responsable du pôle environnement du Comité Régional des Pêches.

La représentante du Comité Régional des pêches ne semble pas convaincue : « Mais chaque endroit est différent, vous ne pouvez pas dire juste, ça marche comme ça au large ailleurs, ça va marcher pareil ici ». L’autre femme, qui se présente alors comme membre d’une famille de pêcheur, intervient: « En Normandie, on pêche le bulot, toute l’année, et la coquille Saint Jacques plusieurs mois par an. On ne peut pas s’interrompre pour les créations de parcs ». 

Au fur et à mesure du débat, les réponses des animateurs évoluent. Un animateur fait d’abord remarquer qu’avec le changement climatique, de toute façon, la pêche aux bulots est menacée : l’espèce supporte mal le réchauffement des eaux. L’animateur n’insiste pas, mais tout le monde comprend, que justement, pour stopper ce réchauffement, il faut des énergies renouvelables et donc…qu’il est donc du côté de la solution et pas du problème.

Mais le débat persiste et les deux représentantes du monde de la pêche insistent sur les conséquences concrètes et immédiates des travaux en mer causés par les constructions de parcs. Le débat s’humanise progressivement et un des animateurs indique, qu’à chaque fois que c’est possible, les dates des travaux pourront être décalés pour gêner le moins possible les pêcheurs. 

Avec ces échanges, la réunion, qui devait durer deux heures, se prolonge au delà. Et on aborde la question: « Mais pourquoi, c’est nous en Normandie qui avons parc sur parc d’éoliennes en mer, et pas le reste de la France ? «.  Un animateur répond avec un demi-humour de prof «  Ne vous inquiétez pas, tout le monde va y passer « . 

Puis, il explique que les fonds peu profonds de la Manche permettent de faire de l’éolien en mer fixe, plus simple. Sur l’Atlantique et en Méditerranée, ce sera de l’éolien flottant, encore en cours de développement. 

Cette réponse semble convaincre ceux qui sont restés alors que l’heure avance. Mais l’ambiance, bien que conviviale, n’est pas complètement au consensus.

Les interrogations de ceux qui se préoccupent de la faune marine, soit parce qu’ils sont attachés à sa protection, soit parce qu’ils en vivent, persistent. Nul doute que ces préoccupations et parfois ces récriminations, continueront de s’exprimer au fur et à mesure de l’avancement du projet.