
Quel serait le climat de la Normandie sans le Gulf Stream ?
Le Gulf Stream baigne les eaux normandes. Il apporte un courant continu de chaleur venu du Golfe du Mexique. Certains avancent que, sans ce courant, le climat de Normandie serait celui de Montréal, avec ses hivers très rigoureux. Est-ce vrai ?
Cette question prend un nouveau sens avec le changement climatique qui modifie déjà les grands courants marins.
Montréal est situé plus au Sud que le Le Havre. Pourtant, les minimales moyennes sont de -12° en janvier pour la ville québéquoise, contre une minimale moyenne de +4° pour le même mois de janvier dans la ville normande.
Les chiffres sont encore plus spectaculaires avec Vladivostok, le port russe sur le Pacifique, lui aussi bien plus au Sud que la Normandie. Les minimales moyennes de janvier y sont de -21°. Est-ce que, sans le Gulf Stream, la Normandie aurait ce type de climat très rude ?
Le climat du Cotentin est particulièrement influencé par le Gulf Stream. On y trouve une végétation rare sous ces latitudes.
Situé à l'Ouest de Cherbourg, le jardin Jacques Prévert abrite par exemple de nombreuses espèces exotiques et tropicales, qui s'épanouissent grâce à la douceur du climat.
De nombreux signes montrent que le Gulf Stream s'affaiblit actuellement. Une étude de la revue Nature Geoscience constate que l'intensité du Gulf Stream a déjà diminué de 15% et estime que cette baisse pourrait atteindre plus de 30% d'ici la fin du siècle.
La fonte des glaces de l’Arctique réduit le Gulf Stream.
Avec le changement climatique, les eaux gelées du Grand Nord atlantique fondent. Quand ce sont des eaux douces, c’est tout le fonctionnement de l’océan qui est modifié.
Ce n'est pas juste que l'eau froide venue du Nord remplace directement l'eau chaude venue du Golfe du Mexique. Le phénomène est, en fait, un peu plus complexe. L’eau douce libérée change le taux de sel dans de grandes parties de l’Ocean. C’est cela qui modifie les courants de l’Atlantique.
L’eau douce est moins dense, moins “lourde” que l’eau salée. Elle se retrouve au dessus de l’eau salée.
Et tout le système des courants se retrouvent chamboulé. Des courants marins chauds, moyennement salés, qui devraient être “au dessus”, se retrouvent, maintenant, sous cette nouvelle eau douce.
Ce phénomène est à la base de la modification des courants habituels, et, en premier lieu, du Gulf Stream.
Le Groenland, au Nord de l’Atlantique, était recouvert d’une épaisse couche de glace. Depuis plusieurs décennies, ces glaces deviennent de l’eau douce qui se déverse dans l’océan.
Il n'y a pas que le Gulf Stream qui influence le climat normand.
Alors, une Normandie sans Gulf Stream, ou avec beaucoup moins d'influence du Gulf Stream, évoluerait-elle vers un climat montréalais ? Pas forcement.
Les courants marins comptent, mais les grands courants atmosphériques comptent aussi. Et, à nos latitudes, dans l'hémisphère Nord, ces courants vont, sur toute la planète, de l'Ouest vers l'Est. C’est pour cette raison que la Normandie reçoit, le plus souvent, les influences qui viennent de l'Ouest.
En fait, une Normandie sans Gulf Stream ne ressemblerait ni à Montréal, ni à Vladivostok, qui sont situées tout à l'Est de leur continent. Ces villes ont un climat naturellement....continental.
Une Normandie sans Gulf Stream ressemblerait sans doute plus à la région de Vancouver.
Ce grand port canadien est situé exactement à la même latitude que la Normandie. Il est, lui aussi, tout à l'Ouest de son continent et il reçoit aussi l'influence des vents d’Ouest, dans ce cas venus du Pacifique. Mais Vancouver n'a pas de Gulf Stream. Bien au contraire, les courants marins qui longent la ville sont très froids, venus directement de l’Alaska : la température de la mer n'y dépasse pas les 12° en plein mois d'Août.
Une Normandie sans Gulf Stream aurait probablement un climat très proche de celui de Vancouver. Et ce n'est pas du tout un climat à la Montréal ou à la Vladivostok.
A Vancouver, les minimales de janvier de Vancouver sont de +3°, juste deux degrés de moins que les minimales moyennes de Cherbourg, la ville normande qui bénéficie le plus du Gulf Stream. La végétation y est légèrement différente, avec plus de sapins et moins de chênes qu'en Normandie. Mais, c'est un climat assez doux pour que certains types palmiers le supportent très bien.
La végétation variée de la région de Vancouver, à quoi ressemblerait, peut-être, une Normandie sans Gulf Stream
Une Normandie sans Gulf Stream ne serait probablement pas du tout transformée en une zone glacée. Le climat y serait, peut-être, juste un peu plus frais. Mais, la mer y serait vraiment très froide, toute l'année.